Une rentrée qui risque de chauffer
On le sentait venir. Alors que François Bayrou se prépare à demander la confiance à l’Assemblée nationale le 8 septembre 2025, un vent de contestation souffle déjà sur le pays. Le collectif citoyen a lancé un appel viral sur les réseaux sociaux : bloquer le pays, paralyser l’économie, faire entendre la colère populaire. Et voilà que la CGT et Solidaires emboîtent le pas. Plongeons dans les coulisses de cette mobilisation qui promet d’être explosive.
Solidaires entre sur le ring
Sans attendre, Solidaires a dégainé : appel à la grève et soutien franc au mouvement « Bloquons tout », dont le nom dit tout. Leur message est limpide : la colère sociale face aux annonces budgétaires du gouvernement de François Bayrou est "multiforme et grandissante". Leurs fédérations—Sud-Rail, Sud-Industrie, Sud-PTT, Finances publiques—ne sont pas restées en retrait, ayant déjà lancé des alerters au cours du mois d’août.
La CGT : prudence, mais détermination
Du côté de la CGT, on ne s'est pas précipité. Lors d’un point presse, Sophie Binet, la secrétaire générale, tenait le micro avec une prudence calculée, dénonçant le risque d’un mouvement "nébuleux", potentiellement infiltré par l’extrême droite.
Mais le revirement ne s’est pas fait attendre. Lors de leur comité national (mardi et mercredi), la CGT a décidé : le 10 septembre sera bien inscrit dans leur calendrier de mobilisation. Leur stratégie ? Faire de ce jour une première marche réussie… si possible partout, sur les lieux de travail, en laissant le débat s’installer et la pression monter.
L’unité… en suspens
Une intersyndicale est programmée ce vendredi (29 août) au siège de la CFDT. Au menu : trouver une date commune pour se mobiliser. Mais il faut jongler entre tempéraments divergents.
- La CFDT refuse de se laisser entraîner dans ce mouvement : "bloquer, désobéir, ce n’est pas notre méthode", insiste Marylise Léon.
- FO, quant à lui, adopte une posture plus distancée : "ni dedans, ni dehors, on observe", résume Frédéric Souillot.
- Et Solidaires et la CGT jouent collectif… à leur façon : elles proposent une journée unitaire de grève et de manifestations — d’ici fin septembre — mais sur des bases claires et assumées.
Du mouvement citoyen au tournant politique
Le mouvement du 10 septembre, né de la toile et baptisé "Bloquons tout", puise son inspiration dans les mobilisations horizontales populaires—souvenez-vous du souffle "Gilets jaunes". Appelant à paralyser le pays : blocages, boycotts, grève, manifestations… le tout sans chef et sans bannière.
Les revendications sont aussi précises que radicales : référendum, défense des services publics, refus des économies budgétaires (plus de 43 milliards d’euros annoncés pour 2026).
Et ce timing n’est pas anodin. Le gouvernement Bayrou mise tout sur un vote de confiance dès le 8 septembre. Le mouvement social, s’il se cristallise le 10, pourrait bien devenir un boulet politique avant les débats parlementaires.
Qu’est-ce qui se prépare sur le terrain ?
Dans plusieurs villes — Amiens, Lyon, Toulouse, Montpellier, Marseille… — des blocages et manifestations sont déjà organisés. À Montpellier, par exemple, près de 200 personnes (étudiants, syndicalistes, "Gilets jaunes", militants pro-Palestine…) se sont réunies pour préparer des blocages routiers et un rassemblement à 11h le 10 septembre.
- Des préavis de grève ont été déposés.
- Le lycée sera aussi concerné : l’Union syndicale lycéenne appelle à bloquer les établissements scolaires… dès le 10 et au-delà
Ça bouge dans l’opinion
Ce bras de fer social n’est pas déconnecté du ressenti collectif. Selon un sondage Toluna-Harris Interactive pour RTL :
- 63 % des Français se disent favorables au mouvement — dont 58 % "pour bloquer le pays" le 10 septembre.
- 70 % soutiennent des manifestations contre le budget — encore plus que le blocage total.
On sent que, malgré les tensions, l’opinion publique reste majoritairement prête à se mobiliser — si tant est que cela se traduise sur le terrain de manière visible.
Pourquoi cette mobilisation fait-elle déjà du bruit ?
- Effet de yoyo entre institution et rue : l’équilibre entre appel citoyen "spontané" et relais syndicaux est instable — c’est là toute la force du mouvement. Il capte l’énergie populaire, mais exige une stratégie pour durer.
- Union dispersée : quand certains syndicats veulent se rallier, d’autres restent méfiants. Le fait que la CFDT s’en tienne à l’écart, que FO temporise, et que Solidaires et la CGT avancent à leur rythme montre à quel point l’unité est difficile à forger.
- Cadre politique explosif : un vote de confiance qui arrive, un gouvernement en sursis, une contestation qui monte — tout est réuni pour un tournant historique… ou un feu de paille populaire.
Et maintenant ?
Place à l’action — ou à la contre-performance. Si le 10 septembre déclenche un mouvement visible et organisé, les syndicats pourront tirer parti de l’énergie collective. Sinon, un simple "buzz du jour" pourrait bien rater le coche.
La clé : transformer un jour de grève ou de blocage en un début de processus durable. C’est tout l’enjeu posé par Solidaires et la CGT, à l’aube d’un automne potentiellement socialement incandescente.
En résumé, ce qu’il faut retenir
- Solidaires rejoint le mouvement "Bloquons tout" et appelle à la grève le 10 septembre.
- La CGT, d’abord prudente, décide finalement de s’engager, avec l’ambition d’en faire une première étape stratégique.
- La CFDT décline, FO observe, la collaboration intersyndicale reste fragile.
- Le mouvement né des réseaux veut bloquer le pays, avec des objectifs forts et un timing politique critique (vote de confiance le 8 septembre).
- Des actions sont déjà prévues localement, les Français soutiennent majoritairement la contestation.
- Reste à voir si le 10 se transforme en journée mobilisatrice ou en vaguelette passagère.
Bonus engagée
Vous êtes lectrice entre 30 et 55 ans, intéressée par les enjeux sociaux et le quotidien ? Vous avez sans doute déjà entendu vos collègues parler du soporifique budget ou des blocages annoncés pour le 10. Ce que vous pouvez faire :
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